La Paix en Partance

Qu’elle nous vienne  du pain

de l’eau ou du levain,

quelle importance ?

J’ai la paix en partance.

Qu’elle chante avec l’oiseau de ce vieux conte où tout est beau

ou qu’elle danse sans cadence sur l’étroit trottoir des mots

j’ai la paix en partance sur l’océan d’outremer dense

La paix du pain et de l’oiseau, de la graine et des vertes eaux,

de la farine au sillon chaud

du four, du bois ou bien du sel

j’ai la paix du pain et du miel.

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retrouvé  ce soir, ecrit le 17 aoùt 2006, quand je croyais encore aux mots en partage.

 

Votera : les Dems (1)

 Theodore Roosevelt’s  inauguration, Washington 1905

2012 est l’année des élections, de l’un à l’autre des continents,  en Europe c’est la France qui changera de Président, sur le continent américain-nord, ce sont les Etats-Unis qui feront les frais de la fête.

Pour un Français, une Française, fraichement débarqués en période électorale dans le pays de Benjamin Franklin,  la différence de chaque campagne apporte une belle somme d’interrogations. En arrivant sur le sol américain, et que nous soyons  déjà électeur ( citoyen) ou en attente de l’être ( resident alien), la première de ces différences nous frappe : ici, il n’y a que deux partis politiques officiels et consacrés : Les Démocrates,  et les Républicains. D’autre partis voient le jour régulièrement mais ne pèsent pas lourd dans la balance.

Les Démocrates, familièrement raccourcis en Dems, ont pour emblème l’âne : le Kicking donkey. Les démocrates américains  représentent en gros la gauche, la masse travailleuse, l’ouvrier, l’usine, le pauvre, le malmené. Lorsqu’ils sont au pouvoir (comme actuellement), on peut espérer que les prestations sociales augmenteront, qu’ils feront leur possible pour adoucir  la pauvreté et la misère, sans toutefois parvenir à l’éradiquer totalement, malgré tous leurs efforts. Ces efforts s’appuient sur une augmentation des taxes et un contrôle plus strict de tous les secteurs sociaux, santé, éducation, sécurité. Ils ont par nature  des relations difficiles avec les pouvoirs financiers, banques, assurances, Bourse. Le Président actuel, Monsieur Obama, est un Démocrate, il a été élu en Novembre 2008  et a commencé ses fonctions officielles le 20 janvier 2009, date établie depuis 1933** comme date d’entrée en fonction de tous les nouveaux présidents américains, et appelée Inauguration Day ***. Quel que soit le résultat des élections, n’oublions pas de prévoir un jour de congé pour assister  à l’intronisation du prochain président le 20 janvier 2013.

Avec un président en place, les Dems ne présenteront personne cette année à part Monsieur Obama : le président désire renouveler son mandat pour les prochains quatre ans. Au-delà de ces quatre ans, ce sera terminé, la loi américaine ne prévoyant que deux mandats présidentiels à la suite ****

Dans la course à la Maison Blanche, le président en place a priorité sur tous les autres membres de son parti qui voudraient poser leur candidature. Pas de primaires donc cette année pour les démocrates américains.

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** De 1789 à 1933, Inauguration Day avait lieu le 4 Mars, jour anniversaire de la signature de la Declaration de l’Indépendance.

*** Voir  :  http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_presidential_inauguration

****  V Amendment 22 of the Constitution : « No person shall be elected to the office of the President more than twice« 

Tracer des signes

Ce poète* que la France découvre quinze ans après sa mort était lui aussi un expat, même s’il n’avait traversé aucune mer, mais seulement franchi des montagnes et lesquelles ! Montagnes Pyrénées, vous êtes mes amours, oui mes amours. Il est parti vers le nord, quittant son Portugal natal et ses couleurs pour s’isoler, se recueillir en terre d’accueil à Bruxelles la douce,  en Belgique la bruine, en pays de fogs et de voiles, pas encore dans les grisailles scandinaves, en transition entre la dure beauté éclatante de son pays natal et la nuit vertigineuse des terres australes.

Avant d’être poète, avant de se définir par les mots, il se voulait peintre, dessinateur, traducteur des mots des autres, rapporteur de beauté à la pointe du crayon, que celui-ci serve à écrire ou à tracer des lignes sur un papier : dessiner, écrire, c’est toujours tracer des signes.

Nous traçons nos signes là où nous sommes, expats ou non : nos signes nous suivent partout.

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* Al Berto, http://www.independent.co.uk/news/people/obituary-al-berto-1249902.html

Garder l’esprit

Que nous soyons en transit ou enracinés,  nous devons garder l’essentiel de ce que nous sommes, l’esprit, ce qui nous est transmis par osmose ou par génétique, par nos derrières frottés aux bancs des écoles pendant l’enfance, par les musiques et les mots qui ont accompagné nos ans.

C’est grâce à Henri Gougaud que je garde et ravive la flamme : il faut le connaitre et le faire connaitre, lui, ses contes, sa musique, sa verve, son humour et son coeur.

De lui, ce matin, une histoire de cruche à lire et relire, à conter aux enfants pour qui la magie d’une cruche plaintive  ne posera pas problèmes.

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La jarre fendue

Un pauvre homme, tous les matins, allait remplir à la rivière deux grosses jarres qu’il portait aux deux bouts d’un bâton de fer posé au travers de sa nuque. Celle de droite était parfaite, joufflue, luisante, fière d’elle. Celle de gauche était fêlée. Elle perdait son eau en chemin, et donc s’estimait mauvaise. Elle en souffrait. Elle avait honte, tellement honte qu’un beau jour elle osa dire, toute en pleurs :

– Pardonne-moi, pauvre porteur.

– Te pardonner ? répondit l’homme. Pourquoi donc ? Qu’as-tu fait de mal ?

– Allons, tu sais bien, chaque jour tu nous emplis d’eau à ras bord, tu t’échines, tu t’exténues à nous porter à la maison, et quand enfin nous arrivons, ma compagne a fait son devoir, elle a la conscience tranquille. Moi, non. Je sens qu’elle me méprise. J’aimerais être comme elle est, mais vois, je suis vide à moitié, et tu dois m’en vouloir beaucoup.

– On non, au contraire, dit l’homme. Regarde le bord du chemin, de ton côté. Qu’est-ce que tu vois ?

– Des fleurs partout. Elles sont superbes.

– L’eau que tu perds, jarre fendue, les arrose tous les matins. Tous les matins elles te bénissent, et moi je te bénis aussi, car chaque jour je peux offrir un beau bouquet à mon épouse. Tu fais la joie de ma maison. Regarde de l’autre côté. Ta compagne, certes, est parfaite, mais que vois-tu ?

– Cailloux, poussière.

– Chacun fait selon sa nature. Ne change rien, ma bonne amie. Et ne regrette pas tes failles. Vois comme elles nourrissent la vie.

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(Henri Gougaud, Le livre des chemins)

Transit

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 » Je suis en perpétuel transit  » , me dit Hannah, qui au bout de vingt ans ne parvient pas à choisir : Paris ? Denver ? C’est un peu des deux, un peu de Paris, beaucoup de Denver. “ Et quand la colère m’empoigne, c’est beaucoup de la Seine, et rien des Rocheuses.  Pour le regretter au bout de deux semaines lorsque je suis revenue dans l’hexagone : on m’a jeté un sort, ou quoi ? “

On ne t’a pas jeté un sort. Ou, plutôt, si : mais il y a longtemps, le jour où tu as décidé de sauter le pas. Le jour où tu as voulu te retrouver sur l’autre rive. En l’occurrence, elle était lointaine, la rive, de l’autre coté de la grand’ mare, à des heures de vols supersoniques. On nous a tant et tant répété que  les distances ne comptent plus que nous avons bien failli le croire. Sauf nous,  les expats, qui savons : c’est loin la France, vu de  Pikes Peak.

La fin du vingtième siècle, le début du nouveau voit l’accélération de l’émigration. Les gens partent de chez eux, se fixent ailleurs, croient en avoir fini avec l’ancienne vie alors qu’ils vont vivre encore longtemps en transit. Certains choisissent de rester, d’autre retournent au pays. Quoiqu’on décide, le mal s’installe : Hannah est française à Denver ; de retour en vacances dans son septième arrondissement, la voici américaine. “ Mes amies, mes sœurs me reprochent mon accent, ma désinvolture, et mes jeans “.

Yasmina est algérienne à Manhattan, serait américaine à Alger si elle y retournait. Ce qu’elle ne fera pas, “ car pour moi, dit-elle, il n’y a pas d‘autre choix : ici, je suis libre. ” Elle n’en dira pas plus, mais on entend la fin de sa phrase sans parole : Yasmina est journaliste dans un grand quotidien américain. “ Et à Alger, tu ne peux pas savoir ce que je serais “, murmure-t-elle, en se détournant. Elle est pourtant encore en transit, parce qu’elle n’arrive pas à choisir. Ici elle a son appart, sa liberté, ses amis, son travail, toutes choses qu’elle aime profondément. “ Mais la mer, dit-elle… “ On lui rétorque qu’il y  a la mer ici aussi . Mais c’est loin d’être la même. Il manque les orangers, l’ocre des roches et le parfum des herbes “ Et les rues blanches, et parler avec mes voisines. Et toute ma famille, qui est restée là-bas. Mes sœurs, mes tantes, mes voisines, leurs enfants … “

Danny et son amie de cœur, rencontrée par hasard en faisant les courses dans le même Sears à Boston – et cela se passait en des temps très ancien, au moins dix ans sinon plus – Danny et Josée, donc, ont sauté le pas lorsque le siècle a commencé sa seconde décennie. Un jour, elles ont annoncé à leur famille américaine, à leurs amis, qu’elles les invitaient ensemble à une grande  party improvisée et surprise. “ Mais  ce n’est pas ton anniversaire, ni celui de ton mari “ ont répondu les copains. Ce n’était pas le 4 juillet non plus et on était loin de Noel. Elles ont répondu que la surprise c’était justement l’événement : elles s’installaient, refusaient le transit, coupaient les ponts : elles ne pouvaient plus vivre écartelées, un pied sur chaque continent. Elles disent, trois ans plus tard, que leur décision était difficile à prendre, que leur famille de France n’a pas compris, et qu’elles ont parfois l’impression de se desquamer doucement. Un jour, elles auront fait peau neuve, comme nous faisons tous. En attendant, ça picote un peu partout.

A son dernier retour de France, en aoùt 2002, Marie-Claire a brusquement décidé que c’était fini, ce serait son dernier  saut au dessus de l’eau. “ Il n’y a plus personne là-bas pour m’accueillir. ma vie n’intéresse plus personne”. C’est dit avec un sourire triste. Et c’est faux : trois jours plus tard elle avoue des cousines lointaines, des amies d’enfance,  un village natal. Mais ils se fondent maintenant dans ce qui a été, et qui ne sera plus. Ils s’estompent, comme elle est estompée dans la vie des gens qui sont  « là-bas », au pays.

C’est le plus jamais qui fait mal “, disait celui qui en partant mettait tout un silence entre lui et ce qu’il avait aimé. “ C’est savoir que quelque chose est fini, que cela ne recommencera plus “. C’est pourquoi la plupart d’entre nous continuent de se croire en transit, de vivre en transit. A cause de ce plus jamais, que nous refusons.

Plus jamais l’odeur de poussière des soirs d’été à Alger, lorsqu’on peut tous se prendre pour des Camus. Plus jamais la lente ballade dans les galeries du Louvre ; plus jamais la flânerie avenue de la Paix ; plus  jamais  le café en terrasse sur les places méridionales ; plus jamais le bistro, le journal du matin, la baguette croustillante, les engueulades politiques, le lapin sauté, le steak au poivre, la mode en marche sur les boulevards, sous le ciel des avrils parisiens. Plus jamais la riposte allègre, le verbe moliéresque haut en couleur, la rire sous Zazie et ses comparses. Plus jamais la télé, le magazine, le  cinéma les prix littéraires. On se desquame de ce qui, finalement, n’est que futilités, bavardages, snobismes ; on arrache doucement les vieilles racines ; et si on tire trop vite ou trop fort, on peut en mourir.

Mais qui s’en doute ? Et qui s’en soucie ?

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Signe des temps

Martin Luther King’s Day, que nous étions censés célébrer lundi, n’a pas eu cette année la magnificence des années précédentes. Signe des temps et passage à l’acte : jusqu’ici, dans les  quarante et quelques  dernières années, on célébrait avec faste un rêve  qui prenait forme. Aujourd’hui, la forme est arrivée a maturité, le cercle est rond, la boucle se ferme et les mécontents se sont retrouvés hier, sur les pelouses de la Maison Blanche à Washington. On est en droit de se demander pourquoi, mais il n’y  a pas de réponses. Ou plutôt, il y en a trop.

Retour au point de départ, l’histoire va vite ici et  elle renaît tous les demi-siècles, semble-t-il. Attendons le rêve du prochain Docteur King.

Albert Camus

Il y a 74 ans, dans ses Carnets ( 1937), il écrivait :  » Si j’avais à écrire ici un livre de morale, il aurait cent pages et quatre-vingt-dix-neuf seraient blanches. Sur la dernière j’écrirais : « Je ne connais qu’un seul devoir, et c’est celui d’aimer ». Et pour le reste, je dis non. Je dis non, de toutes mes forces.  » 

Screening, screening, screaming !

« Rien ne ressemble tant à un honnête homme qu’un coquin qui connaît son métier » (George Sand)

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Histoire vraie de location :  L’appartement  a été libéré à la fin décembre par une famille de quatre, père, mère et deux enfants. Le temps de  tout remettre en état ( nettoyage, shampooing moquette, peinture, et remplacement de divers appareils ménagers ) voici l’appart en état de “visite”, et la Landlady (LL) en état de “screening”.

Pour cela, un seul outil : le “rental application”, deux pages à remplir  par le/la futur(e) locataire ( voir article adéquat)

Avant-hier se présente Sheila**. Premier contact téléphonique, elle appelle de sa voiture, elle est garée devant la porte et ne se fait pas faute de le dire. LL  rétorque fermement qu’elle ne peut pas faire visiter dans l’immédiat et rendez-vous est pris pour 14 h le même jour.

Sheila arrive avec une amie. Autant Sheila est souriante, autant l’amie ne l’est pas. LL note par elle-même que c’est exactement le quatrième scenario de la sorte qu’elle voit dans les derniers deux ans : et se demande pourquoi, en vertu de quoi, pour éviter quoi,  pour pallier à quoi,  les femmes seules qui cherchent un appart se font accompagner d’amies  rébarbatives ?

Visite, questions, explications, Sheila semble d’accord sur tout, précise qu’elle voudrait rentrer le 15 février, demande si  LL fera une réduction de loyer pour ce mois-là. Oui. Chouette : on fait les comptes : 1/2 mois de loyer, + le dernier mois + le dépôt de garantie. C’est OK pour tout le monde. Sheila tend la formule de location que LL prends après avoir constaté qu’elle est bien signée. LL annonce qu’elle téléphonera à Sheila le lundi suivant  pour confirmer ou non la location. Ensuite, il suffira de se rencontrer à nouveau pour signer le contrat de location.

Départ de Sheila. Et c’est là que les choses tournent au vinaigre.

LL constate d’abord que si elle a bien signé la seconde feuille de renseignements, Sheila a volontairement ou non « oublié » de noter son numéro de  sécurité sociale. Et sans numéro de sécurité sociale, impossible de faire un screening sérieux.  C’est ennuyeux. Mais c’est aussi délicat de demander ce fameux numéro. Car tous les médias américains s’accordent à conseiller de ne jamais le donner à quiconque !

LL pense que ce n’est peut-être pas nécessaire ? Si elle obtient de bons renseignements en parlant avec les personnes données en référence, elle peut se passer du screening officiel ; nous sommes en janvier, les temps sont durs pour tout le monde, il y a certes des gens malhonnêtes partout, mais cette jeune personne semble bien décente. Elle s’exprime bien, a le sourire facile, fait preuve de courtoisie, a mentionné d’emblée le nom et le numéro de téléphone de l’entreprise dans laquelle elle travaille – bon salaire, entreprise connue, respectée. LL a un bon feeling ; elle aimerait bien avoir cette jeune femme le plus vite possible, elle « sent » qu’elle serait une bonne locataire.

Car LL est favorablement influencée par l’aspect de la jeune femme, et par son maintien, amical et réservé à la fois. Sheila a immédiatement aimé l’appartement, a fait deux ou trois compliments bien tournés – compliments qui vont droit au cœur de LL, fière de sa maison : enfin une locataire qui apprécie, on peut espérer qu’elle saura garder l’appart en bon état. LL a laissé tomber la garde au bout de 15 minutes de visite.

Sheila a également expliqué pourquoi elle voulait déménager, quitter le petit trois pièces (600 sq ft) qu’elle partage avec sa fille de 5 ans, avoir un endroit plus large et aéré. Elle s’est exclamée devant l’équipement de la cuisine, du laundry room, l’ensoleillement des deux balcons couverts ( porches), la petite chambre « so great for pour my baby »

Bref, oui, la locataire presque idéale.

LL décide de contacter  le premier numéro sur la liste des références, Karin Brady**, superviseur  de Sheila dans l’entreprise où elle travaille. Karin ne tarie pas d’éloges sur Sheila ; elle en remet… un peu trop ; et puis beaucoup trop lorsqu’elle annonce : «  I am home actually, I cannot tell you more about Sheila, ‘cause I do not have her file in front of me … « 

LL raccroche, songeuse : n’importe quel manager dans n’importe quelle entreprise, fut-elle la plus petite,  doit savoir que, lorsque quelqu’un demande un renseignement sur un ou une employee, le seul renseignement autorise par la loi fédérale américaine, c’est  «  oui, ou non, cet(te) employé(e) travaille (ou ne travaille pas) chez nous » Tout autre renseignement va à l’encontre des lois fédérales sur la vie privée.

Et comment Sheila aurait-elle le numéro privé de sa supervisor ?

LL google l’entreprise dans laquelle Sheila prétend travailler, trouve un numéro de téléphone qui ne correspond pas à celui donné par Sheila, demande le chef du personnel, et pose la question : « Est-ce que Sheila Burke travaille dans votre entreprise ? «  La réponse est négative : il n’y a pas de Sheila Burke**  à  Mahon Fashion**.

Madame Brady est une amie de Sheila, qui a accepté de jouer le rôle de la supervisor – et en a fait trop. C’est souvent ainsi que les coquins se font prendre, par excès de zèle.

La confiance de LL descend d’en cran.

Au tour de la référence d’habitation : LL appelle madame Rita Robinson**, propriétaire du petit logement loué par Sheila depuis 6 ans. Comme Madame Brady,  Madame Robinson est enthousiaste lorsqu’il s’agit de Sheila : elle est une excellente locataire, a toujours payé son loyer en temps, ne fait pas de bruit, ne reçoit pas d’amis, est très propre, très aimable, etc..etc.. Ici encore, cet enthousiasme gêne LL : elle sait bien par expérience que la règle d’or chez les LL c’est de ne jamais épiloguer sur leurs ex-Tenants : Oui, un Tel ou une Telle a bien été locataire chez moi de telle date à telle date … » C’est tout ce qu’ils sont autorisés à dire et LL le sait bien.

La confiance de LL descend d’un cran supplémentaire

Pour en avoir le cœur net, LL cherche (par les bureaux officiels de sa ville) qui est réellement propriétaire de la maison située à l’adresse donnée par Sheila Burke. Surprise : la maison appartient à Monsieur et Madame Graig Burke**, parents de Sheila. LL a peut être parlé avec la maman qui est entrée dans le mensonge de sa fille ? Ou bien est ce encore une autre amie qui a joué le rôle de la propriétaire ?

Deux mensonges et une omission : Sheila Burke n’aura pas l’appartement. Le screening  par recherche de crédit  n’est plus nécessaire,  tout ce que LL a découvert  en dit aussi long sur la crédibilité de Sheila qu’un rapport de police.

Elle avait pourtant bien toute l’apparence d’une honnête femme.

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** fictional names

Louer aux USA / 2012

Pour ceux qui , venant de France, veulent louer un appartement, une maison, un studio ou quoique ce soit avec un toit dessus – oui, les mobile-homes aussi –  un conseil : faites téléphoner pour le premier contact par un ami  américain pure laine. Le barrage de l’accent est une chose réelle, surtout dans les contacts  téléphoniques de cette sorte,  car les landlord profitent souvent du premier contact téléphonique pour faire le premier screening.

Et  bien que ( oh la la !  C’est interdit ) la discrimination en matière de race et/ou national origine  est bien présente dans le landlorship.

Donc, si on vous raccroche au nez, ou si on vous dit “the loft is no longer available” ne vous en prenez qu’à vous-même : la prochaine fois, suivez mon conseil.

Vous habitez aux USA depuis 20 ans ? L’oreille d’une pur produit yankee entendra votre “french accent” sans toutefois le définir en tant que « french », et le résultat sera le même.