Du déménagement et de l’art de s’accrocher aux branches

Un déménagement, ce n’est pas seulement transporter des meubles et des objets d’un endroit dans un autre. C’est aussi bouleverser un certain nombre d’automatismes qui nous simplifient la vie, et que nous sommes en grand danger de perdre, irrémédiablement.

Ainsi, les interrupteurs : lorsque, dans notre nouvelle demeure, nous entrons dans une pièce obscure, nous tâtonnons instinctivement à droite, étonnés de ne rien trouver, et il nous faut une fraction de seconde pour reconsidérer la question sous son nouveau jour, qui est “ maison étrangère”.  Retour à la case départ.

Les bruits nouveaux aussi surprennent. Le chauffage de la maison bleue s’enclenchait en faisant une certain “ rhoooooôô “ plutôt rassurant : bon, la chaudière fonctionnait toujours, la panne ne serait pas pour ce soir, tout allait bien.
Ici, le chauffage roule sur du velours, les bruits sont estompés par la double épaisseur de moquette, la sonnette de la porte d’entrée fonctionne, conclusion, nous avons ôté cet assemblage de grelots et clochettes chrismasdesques suspendu à la poignée, et dont le tintinnabulement m’annonçait l’arrivée de quelqu’un, même si j’étais au fin fond de la cuisine. Ici, c’est un simple et sec “dring”. Court et strident assez pour que je l‘entendes parfaitement. Mais sec, je le répète. Et pour moi, un son peut être tout ce qu’il voudra, sauf sec. Je regrette mes grelots.

On s’y fera. Les autres automatismes, gardons-les précieusement, comme ces cinq gestes qui président à l’élaboration du cafiout, entre autres. J’ai connu une dame qui pouvait à la fois repasser et calculer mentalement son budget au point que l’heure suivante, lorsqu’elle mettait le-dit budget en chiffres sur papier, elle arrivait aux mêmes résultats. Ma grand mère faisait la vaisselle tout en établissant un calendrier de plantation pour son jardin à légumes. Je me suis souvent évadée du fastidieux travail de préparation d’une soupe de légumes en établissant les bases d’une nouvelle. Les automatismes servent à cela, ils libèrent notre pensée ; en ceci, ils sont précieux.

Ils nous servent aussi de repères dans une nouvelle maison. Si je devais penser chacun de mes gestes du petit matin, juste avant mon poison noir et brulant, je ne fonctionnerais plus “normalement”. Je sais, on dira que je suis accro au cafiout : moi dire que c’est peu, comparé à d’autres addictions et s’il ne nous faut que cela, cinq petits gestes rituels au lever, pour nous remettre en fonction, bénis soient-ils.

Car il faut s’aimer un peu, c’est une des conditions de survie en ce monde. Une autre tasse ?

Ces fameux dix Commandements

Combien sommes-nous dans le monde à obéir à ces Commandements ? OUi, je sais, on ne les suit pas à la ligne, on les a oubliés, mais ON SAIT QU’ILS EXISTENT.

D’ailleurs, dans la vague de mécréantisme qui nous tsunamite depuis une vingtaine d’année ne voyons-nous pas le recul devant certains de ces Commandements difficiles à suivre : ne pas voler. Ne pas mentir. Ne pas porter de faux témoignages. Ne pas chiper la femme du voisin. Rester fidèle à son /sa partenaire.

PLus dur : honorer père et mère.

Les Commandement contre lesquels la plupart d’entre nous sont à l’abri, même s’ils n’ont jamais suivi aucun KT ( merci Ma’, je ne connaissais pas  l’expression, tu vois un peu la vieille dame ?) : tu ne tueras point, tu n’aimeras qu’un seul Dieu. Fastoche, comme on disait dans mon jeune temps : la fibre criminelle ne court pas les rues, et  on a déjà du mal avec le seul Seigneur  de la Bible, c’est pas pour recommencer l’expérience des multiples divinités dans le style grec ou romain, merci.

Il y a les Commandements ambiguës, que chacun tourne à sa manière : Tu ne feras pas de representation de Dieu, tu ne prononceras pas son nom en vain. Et l’autre, concernant le travail et le jour de repos, pratiquement jamais suivi ici, dans ce pays pourtant hautement  religieux – what ?  » in God we trust « , yes or no ? – : Tu sanctifieras le jour du Seigneur.

Ci-dessous  la suite de Moise. Voici  ce qu’on trouve OFFICIELLEMENT sur la toile – ben oui, quoi ? c’est gougueuleu qui le dit, ah ?! Gougueuleu serait-il une représentation  divine ?  » on arrive à se le demander, non ?

Ce qui suit vient d »ici : http://www.info-bible.org

~~~~~

Première table de la loi relative à Dieu :

1 – Tu n’auras pas d’autre dieu que moi.
2 – Tu ne te feras pas d’idole ni de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant de telles idoles et tu ne leur rendras pas de culte, car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu qui ne tolère aucun rival : je punis les fils pour la faute de leur père, jusqu’à la troisième, voire la quatrième génération de ceux qui me haïssent. Mais j’agis avec amour jusqu’à la millième génération envers ceux qui m’aiment et qui obéissent à mes commandements.
3 – Tu n’utiliseras pas le nom de l’Éternel ton Dieu pour tromper (ou de manière abusive), car l’Éternel ne laisse pas impuni celui qui utilise son nom pour tromper.
4 – Pense à observer le jour du repos (ou sabbat) et fais-en un jour consacré à l’Éternel. Tu travailleras six jours pour faire tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour est le jour du repos consacré à l’Éternel, ton Dieu ; tu ne feras aucun travail ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi ; car en six jours, l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s’y trouve, mais le septième jour, il s’est reposé. C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et en a fait un jour qui lui est consacré.

Seconde table de la loi relative au prochain

5 – Honore ton père et ta mère afin de jouir d’une longue vie dans le pays que l’Éternel ton Dieu te donne
6 – Tu ne commettras pas de meurtre
7 – Tu ne commettras pas d’adultère
8 – Tu ne commettras pas de vol
9 – Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain
10 – Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, tu ne convoiteras ni sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni rien qui lui appartienne.

_______________________________

Bon, alors, où est passé  Tu aimeras ton prochain comme toi-même pour l’amour de moi ?

Pauvre Moïse

Les Dix Commandements passaient samedi soir sur la chaine 11, et une fois de plus, la Chron s’est endormie avant le passage de la Mer Rouge, pauvre Moise !

Suggestion pour ces messieurs-dames qui règnent en Cinéville : qu »ils s’attèlent à un ouvrage cinématographique qui au lieu de nous raconter l’histoire de Moise, nous expliquerait ce que SONT ces dix commandements, et ce qu’ils signifient. Pour “comment les suivre”, chacun voit avec sa conscience.

Un film en dix point qui parlerait d’amour, de justice, de loyauté, de fraternité, ce ne serait pas plus difficile, moi croire, que d’écarter les eaux pour faire passer une armée — les ficelles du cinéma d’il y a 50 ans sont grosses comme la Tour Eiffel, et ça fait sourire au 21me siècle.

Oui, ces Dix Commandements, si on en reparlait sérieusement ?

C’est vrai, et je te l’accorde : ils nous gênent terriblement depuis que le monde est monde, mais pourtant, en dix points, il y a en eux plus de sagesse que dans tous les livres de loi édités par nous pauvres frères humains. Dix points que peu d’entre nous parviennent à suivre toute leur vie. On n’est pas des anges, ma soeur. Pitang dis donc, ça pèse, la terre, aux souliers !

Pardon ? Ah, oui, là tu marques un point : nous ne les connaissons pas plus par cœur. Tiens, un challenge : qui dans la foule des deux douzaines de lecteurs de ces Chroniques serait encore capable de les réciter dans l’ordre ? Non, moi non plus.

Ben voilà on va en parler, donc, puisque personne ne se pose plus la question.

Quand même, pauvre Moise, que doit-il penser de nous ?

_________________

La maison jaune

Elle est de l’autre coté du boulevard, de l’autre coté du jardin, et tournée vers le nord-est. Ce matin, la voici éclairée de biais par le soleil de la première heure, resplendissante dans son cadre de feuilles nouvelles nées. Combien de temps encore restera-t-elle debout ? Elle a au moins 100 ans, peut-être plus.

Cette ville possède un tel trésor de vieilles maisons, dont la plupart sont à vendre et à la portée de toutes les bourses. L’ignorance des belles choses est ici à son apogée : et la destruction qui s‘ensuit : on laisse deux compagnies, privées — l’électricité, propriété de National Grid, une entreprise dont la maison mère se trouve à Londres ; et le câble internet, propriété de TimeWarner, dont la maison mère se trouve ici – faire absolument ce qu’ils veulent et comme ils le veulent, sans limites. D’où la surabondance de fils zébrant les cieux de nos rues, et les poteaux plantés au petit bonheur la chance le long des trottoirs : oui, encore heureux qu’ils n’aient pas osé les planter au milieu des jardins privés.

La maison jaune est occupée par deux familles, c’est-ce qu’on nomme ici un “duplex”. Il est rare que les propriétaires de ces maisons vivent sur place : beaucoup ont investi dans ces maisons au début du siècle, alors qu’elles n’avaient pas encore la cote qu’elles commencent à avoir maintenant. Elles sont d’un bon rapport, entre 18 à 22 % l’an avant taxes ; qui dit mieux en nos périodes d’intense trouble économique ?

Un seul handicap, de taille : les impôts immobiliers très élevés : pour cette maison jaune, le propriétaire doit payer entre 400 à 500 $ par mois, soit environ 33 % de son rapport.

Pourquoi ces impôts immobiliers vertigineusement élevés dans cette petite ville dont le revenu moyen per capita ne dépasse pas le plafond pauvreté ? Parce que General Electric ; General Electric, tout le monde connaît, mais combien savent que cette compagnie a ses racines ici ? Ce sera le sujet d’un prochain article.

Pour l’instant, il suffit de savoir que si GE payait les taxes qu’il devrait payer, les impôts immobiliers seraient réduits de deux tiers.. Ah, quand même ?

Et le propriétaire de la maison jaune pourrait, avec la différence faire les réparations qui s’imposent pour conserver sa maison pendant encore un grand nombre d’année.

But, who cares ?

Jour de silence

Par Queen of the loneless

____________

Samedi 7 avril 2012 : recueillement, silence. On ne parle plus, on ne fait plus de bruit, on pense. On n’allume pas la télé, on ne fait pas de musique, on ne chante pas, on ne siffle pas, à peine si on respire. On pense.

Un jour par an, le Samedi Saint, on se recueille, on se re-cueille, on se met en brasses, on réunit nos pensées en bouquet. On l’offrira demain avec la joie de la résurrection, ce bouquet. Qu’il soit fait de joies et de sourires, d’amour et de légèreté, et que nos pensées restent si fines qu’on puisse les voir s’envoler vers les autres.

En ce samedi spécial, dans l’attente de l’explosion de joie pascale, je pense à vous tous qui passez par ici. Et pour vous, sourires silencieux.

Organiser

Six heures du matin, le ciel verdi à l’est, un grand morceau de clarté arrive dans la cuisine au lever du jour. Le ciel est uniformément bleu vert, sombre d’abord. Puis la couleur s’éclaircît de minute en minute, je devrais faire des photos si j’avais un bon appareil, tant la différence de clarté est spectaculaire.

Le déménagement se termine, nous sommes envahis de cartons en tous gentes, le grand problème c’est OU METTRE TOUT CE BAZAR ? Reste à faire le tri, et organiser vente, don, jettage. Le coté positif, à ne pas dédaigner : un déménagement nous force à mettre de l’ordre dans les ramassadis qu’on traine depuis des dizaines d’années.

Er les grandes questions :
1 ) Garder : qu’est ce qui est précieux pour moi, pour Monsieur Chron, pour les enfants et petits-enfants ?
2) Jetter : qu’est ce qui n’ est précieux pour personne ? seconde question (écolo)  : Où jetter ?

3) Donner : qu’est ce qui ferait plaisir, et à qui ?

4) Vendre : comment, à quel prix, et où ?

Pour y comprendre quelque chose et y voir plus clair, il n’y a qu’un moyen : l’écrire.

_______________

1 – Ramassadis : mot languedocien signifiant l’objet dont on ne se sert jamais, et qui a été “ramassé” dans des circonstances fortuites le plus souvent oubliées.