Guess what ?

Ce texte etait ecrit pour un jeu  chez Les Mille  Mots, defunts.

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photo courtesy Les Mille Mots

Je suis sur le trottoir, face à la vitrine.

Du coin de l’œil, je la vois venir et je le vois aussi, le type blond derrière elle, qui la photographie sans qu‘elle s‘en doute tout en parlant dans son portable. Elle est bien trop occupée à parler, à crier, à pleurer pour voir autre chose que la rue noire devant elle

Je l’entends, elle n’est plus qu’à quelques pas de moi : “Non, je te dis que non…” Elle est française, pas de Paris, mais plutôt du centre, Lyon peut-être. Ou plus bas, Valence ? Il y a du chant malgré les larmes, dans sa voix Je ne bouge pas, je continue de regarder les robes, les foulards ; celui qui me plait bien, le bleu. Je recule d’un pas pour mieux voir. Elle approche. Je me fige.

Tous les gens marchent comme elle dans la même direction, vers le fond de la rue piétonne, vers la lumière et l’éclat de Guess. Guess comme une injure lancée dans un langage étrange, incongrue dans cette rue italienne. Guess what ?

Elle va arriver à ma hauteur et l’autre continue de la mitrailler avec son Nikon sans flash. Il n’y a qu’un petit point rouge qui s’allume chaque fois, et elle continue d’avancer, perchée sur ses talons. Et que peut-il bien voir, sinon un dos, l’arrondie des hanches, des fesses, un déhanchement, de jolis mollets bien galbés, des cheveux blonds balancés à la sauvage. Et cette valise comme une promesse de départ ou d‘arrivée.

Il se rapproche, l’œil sur le petit écran, l’oreille à l’écouteur. Elle ne parle plus et c’est lui que j’entends maintenant : ”Ecoute, mon amour, je ne sais qu’une chose …” Le reste se perd dans le bruit des talons, dans le bruit de la pluie, dans le noir de la nuit, dans le sombre de l’ombre.

Le reste ne me regarde pas.

Je vais entrer acheter ce foulard.