Le Voyage aux USA / 1

Ma petite fille et moi sommes actuellement sur un petit nuage, elle en France et moi ici ; mais, hé ? ça peut couvrir tout un océan, même atlantique, un nuage, quand il est de bonheur.
 La raison ? on a failli se retrouver cette année, mais on s’y est prises trop tard. La vie d’une jeune personne de 18 ans et demie est très active et celle de ma petite-fille particulièrement bien organisée. Faire un Toulouse-Paris-Boston-Albany aller et retour pour seulement quelques jours, c’était un peu la corde raide. Nous nous sommes vite mises d’accord sur ce point : un voyage aux USA oui, mais l’an prochain et pour au minimum six semaines, sinon plus : il faudra bien tout ce temps pour découvrir l’Amérique.
 ( je vous ai dis que non seulement elle est belle et intelligente, mais aussi très raisonnable ? )
 Et depuis, je ne peux plus faire des chocolate chips cookies, sans penser :  » Quand K sera là, il faudra que j’en fasse en doublant les quantités, déjà que ceux que je fais, Kit et Elaine m’en mangent la moitié !  » .
 Je ne peux plus voir une grosse bonne femme dans les allées de mon Price Chopper favori sans penser :  » Il faudra que j’avertisse K : l’obésité américaine n’est pas un vain mot « .
 Je ne peux plus me balader à Macy’s sans penser :  » J’espère que la mode junior sera aussi jolie l’an prochain que cette année, on va se régaler de piller le magasin … « 
 Il y a aussi les choses de tous les jours, qui sont, maintenant, teintées couleur du temps, par exemple les serviettes de toilette, j’en ai vu avant-hier de superbes chiffrées d’un K géant ; et la petite pièce à cote de sa chambre, oui, cette petite pièce qui est un vrai foutoir maintenant et qu’il va falloir déblayer et transformer en petit bureau ; les lampes, changer ces vieux abat-jours ; les rideaux, trop sombres pour une moins de vingt ans ; et mille autres choses dont je ne vous ferai pas grâce, ah ah ah, trop heureuse de les partager avec vous. Parce qu’un jour ou l’autre, dans un avenir proche ou lointain, vous serez comme moi, grand-mère, et vous préparerez aussi, avec une tendresse un peu inquiète, l’arrivée de votre petite-fille. Et ce jour-là, vous repenserez à ces articles, à ces douze mois qui iront de juin 2013 à début juin 2014 pendant lesquels je vais vous faire partager la suite du projet K.
 Mais c’est quoi, le projet K ?
 On ne va pas passer notre vie à regarder derrière nous, parce que ma mère m’a toujours dit que c’est malsain et futile ; sauf si nous considérons notre passé comme un garde-fou, et les souvenirs, surtout douloureux, comme les choses à ne pas faire, ou refaire.
 Donc, il suffit de savoir que K et moi avons été séparées en 2002. Et que nous nous sommes retrouvées grâce à Facebook ( qu’il soit honoré ! ) en aout 2012, dix ans plus tard.
 L’enfant de huit ans est devenue une adulte de bientôt dix-neuf ans ; elle s’acheminera sur ses vingt ans au moment de ce voyage.  A moi de trouver, en tâtonnant à travers les repères que j’ai sous les yeux – et qui sont loin d’être conformes à une réalité « jeune femme » européenne,  française et languedocienne, et je sais comment nous sommes, nous gens-du-sud, rétifs à toute forme d’étiquetage – de trouver, donc, ce qui fera de ce voyage aux USA un souvenir inoubliable dans la vie de K.
Un challenge de taille, mais vous m’avez souvent vue effrayée par des challenges ?