C’est quoi, un shut-down ?

Nous en vivons un depuis hier, mais c’est quoi en réalité – je veux dire, loin des exclamations alarmistes de nos médias ?

En politique américaine, un government shut-down ( fermeture du gouvernement) signifie la mise en place de la situation suivante : par vote, le Congress refuse de donner au gouvernement fédéral  l’autorisation d’utiliser certains budgets pour laisser ce gouvernement  opérationnel : en d’autres termes, les fonds sont bloqués.

Habituellement, lors d’un shut-down, le Congress laisse le gouvernement fédéral  continuer ses services importants ( retraites, santé, aides sociales, armée, éducation…) mais à partir du moment où le Congres peut annihiler toutes les dépenses, il n’y a aucune lois protégeant le gouvernement américain contre l’interdiction de dépenses  fédérales. Si les opposants du Président arrivent à cet extrême, ce sera le blocage total de toute la vie de la nation.

Toutefois, les services fédéraux qui peuvent continuer  pour un certain temps après un shut-down sont les suivants :

  • la météo nationale
  • les services médicaux dans les hôpitaux fédéraux
  • l’armée
  • le trafic aérien
  • le système pénal

Sous les présidences Ford et Carter, 6 shut-down partiels ont affecté  les départements du travail et de la sante, l’éducation, et les services sociaux. Ces shut-down partiels avaient pour point de départ les débats  sur la prise en charge  fédérale des avortements. Ils ont duré de 8 à 18 jours.

Pendant la présidence Reagan, il y a eu 8  gouvernements shut-down,  qui ont duré de 1 à 3 jours,  et dont la cause principale était liée aux déficits budgétaires.

Toujours pour raison de déficit budgétaire, il y a eu plusieurs shut-downs sous les présidences Bush et Clinton.

Le shut-down que nous vivons actuellement et qui a commencé hier 1er octobre, est la réponse républicaine  à l’implantation  du système social de santé,  Affordable Care Act, loi de 2010.  pour lequel la droite demande une prolongation d’un an supplémentaire.

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L’autre question, c’est : combien de temps durera celui-ci, et qui est le plus touché ?

Pour le moment, seuls les monuments, parcs et recréation  sont totalement fermés.

On nous parle aussi de plusieurs milliers d’ employés du gouvernement, qui seraient touchés, mais nous ne savons pas à quelle échelle. Souhaitons, pour eux, que les choses se remettent en place rapidement. Mais aucune idée de qui va céder, du Président ou de ses opposants ; ni quand.

Bizarre logique :  les membres du Congress, qui ont voté le shut-down continuent, eux, de toucher leur salaire.

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Etranger au Paradis

(amicalement dédié à Ariana qui m’en a donné l’idée,

et à Patricia qui m’en a parlé avant-hier)

Nous expats avons laissé au pays des gens. Toutes sortes de gens. Une souffrance toujours, et n’ayons pas peur des mots : un arrachement, souvent.

Ces gens, loin de nous, continuent de vivre. C’est le loin de nous qui a du mal à passer. Nous aussi vivons, loin d’eux. Le téléphone, les mails, les lettres, les blocs, les visites, oui, il y a ces cinq moyens modernes de nous retrouver, de les retrouver, en mots  pour les quatre premiers, en chair et en os pour le dernier. Si nous nous retournons vers le passé, dans ce temps pas si lointain où les gens traversaient l’Atlantique dans un seul sens en sachant parfaitement qu’ils ne le traverseraient plus jamais dans l’autre, le vertige nous gagne : comment ont-ils pu faire ?  Si nous avions vécu en ce temps-là, sachant que nous ne reverrions jamais ces gens que nous laissions sur la rive, aurions-nous eu le courage de les quitter ?

Ne jamais les revoir, c’est le couperet. On n’emporte pas les gens avec soi dans la valise. On croit les emporter dans nos mémoires, mais au bout de quelques mois, si on ferme les yeux, leur image nous fuit. Donc, les visites sont indispensables, que ce soient eux qui viennent nous voir, ou que ce soit nous qui retraverserons l’Atlantique et reviendrons au pays. Mais à quel prix, et comment ? Et combien de fois ?

Au vingt-et-unième siècle, on embarque loin de nos gens, avion ou bateau, avec l’illusion d’un retour proche : une fois dans l’autre pays, nous faisons en sorte que cette illusion devienne réalité, et il faut se cramponner, d’autant plus que les compagnies aériennes n’ont que faire de nos états d’âme ni de celui de nos portefeuilles. Une petite étude ce matin : un New-York/Paris, Air France, aller/retour, pour une personne = 897 $ ( départ 15  mars, retour 15 avril) Pour une famille de trois, c’est $2,691 plus les taxes et autres calamités. Ne nous leurrons point : peu de familles pourront s’offrir de telles vacances dès la première année. Peut-être la seconde ? Mais il y a la maison, ou la voiture, ou les études de l’ainé, ou la santé, ou tout simplement le boulot. Mais la troisième année, en poussant et en tirant et en  ne mangeant que des pates pendant les ¾ de chaque mois,  oui c‘est décidé, on “rentre“ en France ( en Belgique, en Suisse, au Maroc, etc.).  Au moins pour un mois de vacances. Et là encore,q quand on a pris la mesure des vacances annuelles octroyées par les compagnies américaines, on déchante vite. Nous y reviendrons.

Mais trois ans avant de pouvoir le réaliser, c’est long. On ronge son frein pendant ce temps. On se téléphone pendant des heures, on voudrait tout dire, tout faire passer. Puis on raccroche et le silence est hostile, tout est gris et noir, il fait froid soudain, ces ”gens” avec qui on n’a pas toujours eu les meilleures relations nous manquent au point que nous nous surprenons parfois en larmes,  et je ne parle pas ici uniquement des expats de sexe faible.

“ C’est un peu comme si j’étais partie sur la Lune” confie Patricia, 21 ans, heureuse et amoureuse,  mariée depuis deux ans avec l’homme de sa vie. Lequel n’a rien eu de plus pressé à faire que de la ramener dans son pays à lui. Because l’amour, c’est bien beau, mais faut manger aussi : nous en sommes tous là, que nous l’acceptions ou non. Patricia  ne travaille pas, attend un bébé pour juin prochain, aménage dans une jolie maison qu’elle décore gentiment, passe ses journées attendre son cher et tendre, tout en passant de longues heures au téléphone avec sa mère, ses tantes, ses sœurs et ses copines de Rennes.

“ Puis je raccroche et c’est comme tu dis”. Beaucoup de tristesse dans ces quelques mots. “ Et là, cette année, avec le bébé, je ne pourrais pas y aller. Peut-être même l’an prochain … “

Pas le courage de lui dire que ce n’est pas la solution. Pas le courage de lui dire qu’il faut choisir, un jour et qu’on ne peut tout avoir.

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Nous avons laissé là bas des gens qui nous touchent de près, famille, amis. Ariana me parlait aussi des autres, pas seulement la famille, pas seulement les amis chers, mais aussi ces gens que nous ne connaissons pas, à qui nous ne parlons pas, et que nous croisons, pardon, croisions sur les trottoirs, tu sais, ceux  qui marchent vers nous  et nous sourient, ceux qui s’arrêtent pour un renseignement, ceux qui nous demandent l’heure, la caissière à Carrefour, le conducteur de bus, tous ceux qui parlent notre langage, et boivent le même soleil, celui qui brille chez nous. Les gens de chez nous, quoi.

Et puis, un jour, plus tard, en marchant dans les rues de notre ville américaine, on rencontrera le regard des gens d’ici, on sourira et ils répondront, et c’est alors que nous saurons que nous avons retrouvé des gens, que le cercle est rond, que la chaine est reconstituée et que nous ne sommes plus étrangers au paradis, Ariana.

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Ici, le témoignage de Cara, qui, de Suisse, est partie s’installer avec sa famille aux Iles Maurice :http://c-est-reparti.blogspot.com/2012/01/de-retour.html

Signe des temps

Martin Luther King’s Day, que nous étions censés célébrer lundi, n’a pas eu cette année la magnificence des années précédentes. Signe des temps et passage à l’acte : jusqu’ici, dans les  quarante et quelques  dernières années, on célébrait avec faste un rêve  qui prenait forme. Aujourd’hui, la forme est arrivée a maturité, le cercle est rond, la boucle se ferme et les mécontents se sont retrouvés hier, sur les pelouses de la Maison Blanche à Washington. On est en droit de se demander pourquoi, mais il n’y  a pas de réponses. Ou plutôt, il y en a trop.

Retour au point de départ, l’histoire va vite ici et  elle renaît tous les demi-siècles, semble-t-il. Attendons le rêve du prochain Docteur King.

Les premiers habitants de Plymouth

Squanto, de son vrai nom Tisquantum, sera l’interprète qui fera le lien entre sa tribu et les nouveaux arrivants

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Nous en savons davantage aujourd’hui sur la colonie des Wanpanoag sur le territoire du Plymouth  de ce temps-là.

A la fin du seizième siècle et dans les premières années du dix-septième, la colonie des Wanpanoag était un rassemblement important d’environ 2000 personnes. Le Capitaine John Smith, leader de la colonie britannique installée à Jamestown, (Virginia), avait exploré la Baie de Cape Cod plusieurs années avant l’arrivée du Mayflower.  Il semble que certains membres de son équipage, ou bien des voyageurs navigants sur le bateau du Cap Smith, soient restés à terre lorsque Smith est reparti. Car à la suite de ces explorations, la colonie des Wanpanoag commence d’être décimée par des maladies inconnues, probablement ramenées d‘Europe par les navigateurs. L’histoire affirme que ces maladies – rougeole, rubéole, varicelle – ont été transmises par des pécheurs français descendant des cotes canadiennes (Newfoundland) en longeant ce qui est aujourd’hui le Maine ; et par les explorateurs Anglais cherchant une terre hospitalières à coloniser.

En 1614 et en 1617, deux grosses épidémies tuent entre 90 et 95 % de la population Wanpanoag. Ceux qui survivent s’enfuient à l‘intérieur des terres, abandonnant  les champs de mais, et leur campement, sauf les tee-pees qu‘ils emportent avec eux. Il reviendront au printemps 1621, et trouveront leur territoire occupé par les Pilgrims.

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Le Mayflower, premier pas vers la liberté,

… croyaient-ils.

Je mets le verbe au masculin intentionnellement, car pour les femmes du XVIIe siècle, de liberté point. En Terre Nouvelle comme en Vieille Europe, en Angleterre comme dans les Pays-Bas comme dans le Massachusetts,  la femme de ce temps-là n’aura que très peu de droits, et une énorme masse de devoirs. Elle ne sera ni battue, ni violée ( sauf par les soudards en cas de guerre). Elle sera protégée par les hommes de sa famille. Finalement, elle ne se sentira pas malheureuse, ni flouée. Simplement, la liberté, qu’elle soit de corps, d’âme ou d’esprit, est un mot qui ne signifie rien pour elle. Il lui faudra attendre encore trois siècles avant de la découvrir. Lire la suite

Le Mayflower – 5 : la première rue du premier village

La première Leyden Street, PLymouth, Massachusetts

Cette première rue, reproduite entièrement et le plus fidèlement possible

d’après les plans et les dessins du Journal du gouverneur Bradford, 1621-1624

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Plymouth, avril 1621, la première rue du premier village de ce qui deviendra le premier état américain, la racine des Etats Unis d’aujourd’hui.

Comment ont ils structuré le premier village?  c’est la question que se pose la Chroniqueuse, et à partir de là elle se retrouve, quatre ans plus tard, avec une cinquantaine de livres, des centaines de pages d’information et une passion qui ne s’éteint pas pour ces quelques kilomètres carrés de terre, à quatre heures de voiture de chez elle, vers l’est, au bord de l’océan, berceau de l’amérique que nous connaissons aujourd’hui.

D’abord, comment et pourquoi avoir choisi l’anse de Plymouth ? Ce fut un peu le hasard allié aux vicissitudes de la navigation sur l’atlantique en plein hiver, il y a quatre siècles.

Lorsqu’ils quittent Plymouth (Angleterre) pour ce voyage à l’aveuglette vers le Nouveau Monde, les pionniers ont en main une « patente » du roi qui va leur permettre d’installer officiellement une colonie sur cette nouvelle terre ( s’ils y parviennent ! ) et, de là, en faire tout simplement propriété anglaise. Leur but, c’est ce qui est maintenant Manhattan, alors New-Amsterdam, c’est à dire, l’embouchure du fleuve Hudson. Ils savent qu’ils ne pourront s’aventurer à l’intérieur des terres qu’au moyen de cette route d’eau.

Le bout de la péninsule de Cape Cod en hiver, aux alentours de Provincetown

Perdus dans les brouillards et les tempêtes de notre côte atlantique-est, le Mayflower touche terre une première fois à l’extrême pointe du Cap Code, aujourd’hui Provincetown. C’est un endroit inhospitalier, ravagé par un climat auquel très peu de végétation parvient à résister. Ils voient là que dunes et broussailles. Horrifiés, les pèlerins décident de reprendre la route en longeant la côte vers le nord : ils espèrent trouver ainsi un endroit plus favorable à l’établissement du premier village. C’est sans le savoir, en traversant tout droit vers l’ouest au départ de Provincetown, qu’ils s’engagent dans la baie de Plymouth et arrivent dans le port naturel de Plymouth.

Leur premier village, ils l’ont construit sur l’emplacement du campement de la tribu Wampanoag, pour la simple raison que cet emplacement présentait une large surface de terrain déjà préparé. Ma théorie (qui n’est qu’une théorie) c’est que les Indiens Wampanoag, comme la plupart des Indiens semi-nomades, se déplaçaient à l’intérieur des terres, et installaient leur séjour d’hiver à l’abri des vents et des tempêtes. En mettant pied à terre le 20 décembre 1620, Bradfort et ses compagnons trouvent donc, face à eux, une petite colline déserte, un terrain défriché qui monte gentiment vers l’ouest, et, comble de merveille, un ruisseau d’eau douce caracolant au sud, avant d’aller se jeter dans l’océan. L »eau douce, élément primordial, va décider de l’emplacement. C’est grâce à ce ruisseau que la première colonie survivra.

Les hommes se mettent au travail immédiatement, malgré le froid, la neige, et les tempêtes. Ils construisent d’abord un bâtiment de rondins à mi-hauteur de la colline, pour s’abriter et abriter leurs outils. Ce large bâtiment deviendra l’abri de tous les villageois en cas de danger.

Leyden Street aujourd’hui.

En haut, le premier bâtiment destiné à abriter les habitants en cas d’attaque ou de feu,

 s’est peu à peu transformé en église au cours des siècles.

Derrière l’église, le cimetière abrite les restes des premiers anglos-americains.  

 

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Le Mayflower – 4

Ceux du Mayflower, oui, je les admire, oui, exactement ! Et non, je n’ai rien contre eux, rien du tout, pourquoi ? Les pèlerins du Mayflower, on nous les montre aujourd’hui comme des arrivistes assoiffés de pouvoir et de richesse ; mais qu’étaient-ils d’autres que des esclaves à la solde des riches « sponsors » anglais qui avaient financé leur voyage ? Et lorsqu’ils se sont installés sur ce qui allait devenir Plymouth – qu’ils prononcèrent à l’anglaise, Plimoth, jusqu’au vingtième siècle – ils n’avaient que le Mayflower comme refuge. Les hommes sont descendus à terre, ils ont laissé femmes et enfants dans le bateau pendant tout l’hiver. Je vais revenir là-dessus : la condition de ces femmes, de ces enfants, a été dramatique et s’est soldée par la maladie, le suicide, la dépression, et la mort de plus de trente personnes en cinq mois.

Les hommes ont d’abord campé de façon très rudimentaire sur l’emplacement du village du chef Massassoit. On doit se demander pourquoi le chef Massassoit avait abandonné le campement. La seule explication que je puisse trouver, c’est que les Wampanoag étaient semi-nomades, et ils entraient à l’intérieur des terres pendant l’hiver, dont ils connaissaient la rigueur, sur cette côte est de l’atlantique.

Quelques mois plus tard, lorsque la tribu Wampanoag  est revenue sur la côte, ils ont trouvé des huttes de bois, des maisons de rondins, construites sur l’emplacement de leur village, et ils ont vu des gens à peau blanche – plus blanche que la leur, car ils sont des blancs, eux aussi. Des gens qui portaient robes longues et culottes bouffantes, des femmes sans cheveux : les Wampanoag ont longtemps cru que les coiffes cachaient les têtes chauves de nouvelles arrivantes. Mais ils ont vu aussi que les enfants, surtout les nouveaux né, étaient semblables aux leurs.

La sagesse, le pacifisme, des indiens Wampanoag se mesure à leur décision de s’installer sur leur terre d’origine, mais un peu plus loin, à un demi kilomètre du campement des étrangers, de l’autre coté de la petite rivière sur les bords de laquelle Jenny Grist, l’année suivante, construira son fameux moulin ; lequel, reconstruit et consolidé, peut être encore visité de nos jours. Les Indiens deviennent ainsi les premiers voisins de nos pionniers.

Pourquoi « fameux », le moulin ? il faut penser que nos premiers émigrés arrivaient avec très peu de ressources. Quelque barils de viande séchée et salée, un ou deux tonneaux de bière ; un peu de lard, un ou deux pains de sucre, du gruau, des pois secs. Ce qui était primordial, c’était la nourriture : et, dans la nourriture, la chose la plus facile à faire, ce qui ne demande que très peu d’ingrédients, c’est le pain. De la farine, un peu de sel, de l’eau et du feu. Il y avait alors une soixantaine de bouches à nourrir,  par jour.

 Un four, c’est facile à réaliser : quelques pierres consolidées d’abord par de la boue – la terre aux environs de Plymouth est argileuse, thanks God ! Le premier bâtiment construit par les immigrants, ce sera donc le four communal. On trouvait du bois en abondance, bizarrement, l’emplacement était déja défriché et le bois entassé à l’orée de la forêt. Nous pouvons aujourd’hui sourire à cette réflexion contenue dans le journal de bord de Bradfort, en janvier 1621 :

  » Nous avons trouvé tout près de la plage, sur la petite colline qui domine la baie, un emplacement déja prêt pour notre campement. Nous y construirons la première rue de notre premier village. »

Ce n’est que quelques mois plus tard qu’il a compris que cet emplacement, « préparé pour recevoir les maisons du premier village américain », il venait tout simplement et sans le savoir de le voler à Massassoit.

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Mayflower 12 3

Le Mayflower – 3

Au moment où les pèlerins de Leyden se décident à traverser cette redoutable étendue d’eau et à affronter une terre totalement inconnue, Madame de Sévigné n’est pas encore née : elle viendra au monde trois ans plus tard ; Pascal, six ans plus tard. Dans la France de ce début du dix septième siècle, profondément catholique mais dont les moeurs se relâchent de plus en plus, nous sommes bien loin de l’austérité qui préside à la vie de la femme embarquée sur le Mayflower aux cotés de son mari, de son frère ou de son fils.

 L’anglaise puritaine de 1620 n’a aucun droit, que celui de se taire, de travailler, de mettre un nombre indéfini d’enfants au monde : son travail est sans fin : première levée, dernière couchée, elle n’a pas le droit d’assister aux conseils, ni de donner son avis, ni de parler à voix haute, ni de rire, ni de chanter, ni de se faire remarquer de quelque façon que ce soit. Elle n’a pas le droit de laisser voir ses cheveux ( tiens ?? v’la le voile !) Elle doit faire son travail en silence et sans rechigner.

Lorsqu’elle sera assignée pendant des mois sur le bateau, au moment où son mari, ses frères et les autres hommes de la colonie essaient de préparer un semblant de village pour les accueillir, la femme du Mayflower va traverser une des plus dures épreuves que ce voyage lui réservait : la confination en espace très réduit, au large des côtes, dans la brume et le brouillard quasi quotidiens, et dans la promiscuité éprouvante de cinquante autres femmes et enfants parqués dans le ventre du Mayflower, qui n’avait pas été conçu à cet effet. La plupart, malades, n’y survivront pas.

Lorsque en mars 1621 les femmes sont enfin autorisées à rejoindre leurs compagnons sur la terre ferme, la colonie est décimé de plus d’un tiers. Des familles entières ont péri. L’épouse de William Bradfort s’est noyée en janvier – suicide ? faux pas ? nous n’avons aucun détail sur cette noyade. la seule chose dont nous puissions être sûrs, c’est qu’elle avait à peine 20 ans.

Le film Colonial House nous rapporte des faits, nous montre des images et verse dans la sensiblerie, l’émotion facile, le gnan-gnan. C’est le grand reproche que je puisse faire à cette realisation. Néammoins, ces huit heures de projection dans le passé me marquent et me font réfléchir. Je sais que les moeurs, us et coutumes de nos ancêtres étaient presque opposés aux nôtres, de ce début de vingt et unième siècle. Par exemple, on parlait sans élever la voix, on ne riait ni sottement, ni trop fort. Mais on souriait beaucoup. Mais on regardait droit dans les yeux. Mais on s’embrassait, et on pleurait facilement, de joie comme de tristesse.

On ne jurait pas : une des premières lois écrites par le gouverneur Carver fut la punition corporelle pour ceux qui avaient été surpris en train de jurer. On parlait souvent de Dieu, il était présent à chaque instant de la vie : nous vivons l’exact contraire aujourd’hui : les jurons, gros et petits sont la base de nos conversations. Dieu a disparu même des églises.

La grande, l’énorme différence, c’est la place de la femme dans la société. Elle n’était alors qu’un sous-élément social et n’avait aucun droit.  Je pense souvent que ce qui manque à l’amérique d’aujourd’hui c’est la part féminine de ses racines sociales, qui fut fondée uniquement par des hommes.

 ( retour sur Mayflower 2 ) – ( Suite Mayflower 4)

Le Mayflower – 2

Le 3 août 1620, quelques semaines avant d’embarquer sur le Mayflower pour leur grande aventure, les futurs américains envoient à leurs sponsors (4) une missive expliquant qu’ils ont été obligés de vendre une certaine quantité de provisions qui leur serait nécessaire pour le premier hiver :

 » Nous sommes dans une telle angoisse, actuellement, ayant été obligés de vendre l’équivalent de 60 livres sterling de provisions qui étaient vitales pour notre groupe, et n’ayant conservé par devers nous que l’essentiel, un peu de beurre, pas d’huile, et pas le moindre bout de cuir pour ressemeler nos chaussures, et nous n’avons pas assez d’épées pour que chaque homme de la compagnie puisse en avoir une avec lui pour se défendre. Nous aurions besoin de plus de mousquets et d’armures ( ??) mais malgré cela, nous avons toujours le plus vif désir de nous exposer à tous les dangers, en faisant confiance en la Providence, plutôt que de trembler devant ce qui peut nous arriver. Nous vous saluons respectueusement, et demandons à Dieu qu’il vous bénisse, et qu’ils conserve entre nous tous ce lien d’amour et de paix  »

Il n’y a pas une seule lettre, ni une seule page du journal de bord de Carver (6), de Bradford (7) ou des autres, qui ne mentionne le nom de Dieu.

Je pense que la foi a été l’élément dominant et déterminant dans cette aventure. On ne trouve pas trace de cette spiritualité dans les films et documentaires actuels consacrés aux pèlerins de 1620. ( voir  Colonial House)

 ( retour Mayflower 1 ) – (suivre Mayflower 3 )

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(4) Robert Cushman, chargé d’acheter les provisions pour les voyageurs, avait demandé 100 livres sterling pour acheter l’equivalent actuel de 2000 Kg de beurre . Il avait essuyé un refus poli mais ferme de la part des sponsors. [ref ; Of Plymouth plantation 1620-1647 – William Bradford Diary – Modern Library college editions – intro F. Murphy]
 (6) premier gouverneur de la colonie, meurt dans la première année. Remplacé par Bradford, (7) second gouverneur de la Colonie de Plymouth, Massachusetts.

Mayflower – 1

Si j’en crois tous les calendriers qui passèrent par là avec leurs jours tronqués et leurs semaines boiteuses, il y a exactement trois cent quatre vingt neuf ans, 9 mois et dix jours,  près de quatre siècles donc,  à aujourd’hui 11 octobre 2011,  les voyageurs du Mayflower posaient le pied en terre américaine. Avant eux, d’autres explorateurs avaient mit pied à terre plus au sud, vers le Maryland actuel. D’autres avaient remonté la rivière Hudson, à l’ouest de Buzzard Bay ; d’autres encore avaient momentanément établi des campements sur la côte poissonneuse du Maine. Mais seuls, les pèlerins du Mayflower sortiront victorieux de la grande aventure, et constitueront les premières racines de ce nouveau monde. Tous les autres pionniers ont disparu avec leurs huttes et jusqu’au souvenir de l’emplacement réel de leurs campements.

Après une traversée qui a duré 63 jours, ils arrivent à la pointe extrême du Cap Code le 11 novembre 1620 (Provincetown). Ils ont amené avec eux une large chaloupe qui peut contenir plus de trente personnes. Mais les vicissitudes du voyage l’ont reduite à un amas de bois et d’arceaux de ferraille. La plupart des hommes débarquent. une poignée d’entre eux restent à bord du Mayflower avec les femmes, les enfants et les bêtes.

Aujourd’hui, il fait beau temps, ciel clair et grand soleil sur la baie de Plymouth. Il y a 389 ans et des poussières, le brouillard était dense, la mer houleuse, les eaux vertes. Il faisait froid. L’hiver s’annonçait rude ; il allait être un des plus rigoureux du siècle.

( suite, Mayflower 2 )

Le croire et le savoir

Comment l’esprit vient  à la Chroniqueuse

L’enjeu serait de sortir au plus vite des généralités. Il est entendu que seule, l’originalité classe l’écrivain. Entendu par qui ? et entendu comment ? je veux dire : dans quel langage a-t-il un jour été énoncé, ou dénoncé, que l’originalité à tout prix devrait seule avoir quelque importance ?

Ce matin très tôt nous discutons de l’opposition ‘croire » et « savoir ». Je lui demande pourquoi, à son avis, les deux semblent inconciliables. Il m’envoie paître gentiment : c’est ce que je leur reproche, à ces hommes : ils lancent une phrase lapidaire et quand on leur pose une question simple, ils sont souvent incapables de répondre.

Croire et Savoir : lorsque j’écris, qu’est ce qui est le plus important des deux ? Ne sachant pas, il m’arrive de mélanger allègrement. Inventer un personnage, une situation, des dialogues, c’est croire et vouloir faire croire.Croire que cela a existé, ou que cela pourrait exister. Pire, parfois : faire semblant de croire. Jouer à croire, serait-ce tout le jeu de l’écriture ?

Lorsque je décris les pèlerins du Mayflower, je pense savoir, mais jusqu’où ce que je crois colle-t-il à ce qui est vraiment arrivé ? Je « crois » que c’est arrivé de cette façon, mais rien n’est là pour confirmer ce croire-là. C’est ma confiance en la parole écrite du gouverneur Bradford ( 1620) , et dans les savoirs de tous ceux qui ont traqué trois siècles d’histoire pour remonter aux sources, c’est cela seul qui fait que j’imagine savoir l’aventure des pèlerins. C’est une foi comme une autre. C’est une croyance.

Le croire et le savoir se confondent. Il ne sont donc pas toujours en dualité ni en opposition. A nous de les rendre amis.