D’abord, il y a Thanksgiving

La Chron et sa famille ont passé Halloween, partagés entre le désir de participer à la joie des enfants, mais le cœur serré en pensant à tant de familles vivant à seulement trois heures de route de chez elle, et dont les ressources sont anéanties, ceux qui ont perdu maisons, souvenirs, mobiliers, voitures dans l‘ouragan Sandy. Ce ne sont que des biens de ce monde, direz-vous, et c’est vrai que ça se remplace. Vrai aussi que c’est le moment de montrer que la solidarité et la générosité ne sont pas de vains mots. Mais tout de même, plus elle avance en âge ( et elle avance, oh la la , oui, elle avance ! ) la Chron mesure a quel point on s’attache à une maison, un certain bahut de l’arrière grand mère et un album de mariage, même très ancien.

Il n’y avait donc pas foule dans les rues, ce soir du 31 octobre 2012,  et on n’entendait pas les cris et rires habituels.  Seuls les très jeunes enfants  faisaient la ronde accompagnés de l’un des parents parfois, souvent, des deux. Il reste un grand saladier plein de bonbons.

C’était un mardi soir, et le dimanche suivant, on a changé d’heure. Comme si ce n’était pas suffisant en changements, le temps s’est mis de la partie : il a changé la pluie en neige, et les derniers contreforts sud des Adirondacks sont blancs depuis une semaine maintenant. Les feuilles ont déserté l’érable de la Maison bleue. Les petits cottonwoods plantés en avril dans La Blanche  dressent au ciel des branchettes rouges fragiles, si quelqu’un dans la modeste assemblée de mes lecteurs a un avis à me donner pour les préserver du froid, please de chez please, soyez pas timides : je fais quoi ?

Monsieur Chron a ratissé la pelouse, tondue court, mais pas trop  pour éviter les mousses. Les meubles de jardin sont rentrés. On traverse les allées en frissonnant. Bref, c’est bien Novembre, et dans onze jours tout ronds, c’est THANKSGIVING.

Une année sur deux, nous fêtons Thanksgiving chez les parents de notre belle-fille Elaine, épouse de Kit. Ils possèdent (les parents) l’endroit idéal pour un Thanksgiving idyllique, perchée haut sur une colline dans le versant nord des Catskills.

Vaste, entourée d’arbres, de jardins, de prairies, de vergers, leur Maison Jaune possède ce don magique de se retirer hors du temps et des tempêtes, ce qui est, il faut le dire, bien pratique lorsqu’on sait que le jour de Thanksgiving est souvent froid et neigeux. Comme il n’y a, pour accéder  au domaine, qu’une route de montagne escarpée, à deux voies et tortueuse,  avec deux ou trois à-pics impressionnants, on comprendra que l’arrivée sur le plateau au bout d’une heure de trajet soit toujours salué par un (énorme) soupir de soulagement.

(L’ennui, c’est que quatre ou cinq heures plus tard, il faut redescendre, et trois fois en six ans ce fut dans la tourmente. Une année, nous avons mis deux heures pour faire les 45 miles qui séparent leur maison de la nôtre.)

La tradition de Thanksgiving veut que chaque invité apporte “quelque chose”  qui se mange,  hors d’œuvres, plat de légumes, salade ou dessert. Les hommes apportent vins et bières. D’accord avec Ellen, la Chron apportera une plat de céleri au gratin et des verrines de mousse au chocolat décorées de fines lamelles d’écorces d’orange confites au grand Marnier. Vous voulez la recette ?

Nous serons, comme d’habitude, entre 12 ou 14 personnes, adultes et enfants mélangés. La veille et le matin, nous donnons un peu de notre temps, un peu de notre argent, aussi, à des œuvres caritatives qui  offrent le traditionnel repas de Thanksgiving aux sans-abris. Le lendemain, les jours suivants,  ces repas sont maintenus dans la plupart des églises, temples et  synagogues de la petite ville, qui était, il y a quelques années, singulièrement bien pourvue à la fois en sans-abris, hélas,  et en donateurs, heureusement. Ce qui a eu pour résultat un nombre décroissant de homeless, et un nombre croissant de foyers et logements à prix modérés. Un nombre croissant, aussi, de personnes de toutes conditions, sexes et âges qui apportent ce qu’ils ont ( temps ou argent, parfois les deux)  pour que la rigueur des hivers de l’état de NY ne tue plus personne.

Et après Thanksgiving ? Et bien, mais c’est le sapin, la décoration de Noël, tout ça, la chasse aux cadeaux . Et avant Noël, Hannukah. Bref : les fêtes de fin d’année, et ce sera l’objet d’un autre article

En attendant, pensez-y, les Français d’Amérique : dans onze jours, c’est la DINDE !

Rester gourmets en Amérique

Ce cher Rockwell a immortalisé la tradition de la dinde rôtie

On lit, deci delà, des articles  qui se veulent humoristiques sur la mauvaise qualité de la nourriture aux USA. Il est donc nécessaire d’en parler : manger, n’est-ce point la première condition pour la continuité historique ? Et puis, on ne mange pas ici plus mal qu’ailleurs. On mange, point. Mais comment rester gourmet en Amérique ? Pas facile.

D’abord, ici comme partout dans le monde,  la nourriture varie avec les saisons. Enfin, pas tous, évidemment :  un Mc Do de janvier, et un McDo d’aout, c’est du pareil au même. Mais justement, les gens du coin, l’habitant, l’autochtone, le natif, ne se nourrissent pas exclusivement de McDo.

( Qui s’en nourrit exclusivement, alors ?  La Chron reviendra sur cette bonne question qui a son importance – et qui est fort triste.)

La Parisienne, qui est établie à New York,  a gardé de son village une curiosité de fouine pour tout ce qui se mange. Elle a testé pour nous le fin du fin en matière de chocolat : le chocolat au bacon. On peut lire ici ses conclusions de l’expérience.

Et pour nous, une rubrique supplémentaire dans la catégorie « aujourd’hui » : Manger, an 2000